Holding, SCI, exploitation : la convention de trésorerie qui évite les fragilités d'un groupe familial
Dans beaucoup de groupes familiaux, un virement entre filiale, holding ou SCI part avec de bonnes intentions. Pourtant, sans convention de trésorerie, la trésorerie entre sociétés liées peut devenir un angle mort juridique, fiscal et même relationnel, souvent bien avant que le dirigeant ne s'en rende compte.
Le virement de dépannage semble simple, jusqu'au jour où il faut l'expliquer
Le scénario est classique. Une société d'exploitation attend un règlement important, la holding dispose d'un peu de trésorerie, la SCI encaisse des loyers réguliers. Alors on transfère quelques milliers d'euros pour passer un cap, payer les salaires, éviter un découvert ou honorer une échéance fournisseur. Sur le moment, cela paraît presque domestique.
Le problème, c'est que le droit ne raisonne pas en famille. Il raisonne en personnes morales distinctes, avec leur intérêt propre, leurs associés, leur fiscalité, parfois leurs créanciers. Dès qu'une trésorerie circule entre sociétés liées, il faut pouvoir répondre à des questions simples en apparence : qui prête, à qui, pour combien de temps, à quel taux, selon quelle autorisation, et dans quel intérêt social.
Sans ce cadre, un mouvement ponctuel peut être requalifié, contesté ou simplement mal compris. Et l'on découvre souvent le sujet tardivement : lors du bilan, d'un contrôle, d'une cession de titres, d'un désaccord entre frères et sœurs associés. C'est une petite couture qui lâche, puis tout le tissu se déforme.
Convention de trésorerie, compte courant, management fees : trois logiques différentes
La convention de trésorerie organise les flux
Une convention de trésorerie sert à formaliser des avances de fonds entre entités d'un même ensemble économique, en fixant les règles du jeu. Elle précise généralement la nature des flux, les plafonds, la durée, les conditions de rémunération, les modalités de remboursement et les organes compétents pour les autoriser. C'est un outil de sécurité juridique du groupe familial, pas un luxe documentaire.
Le compte courant constate une dette
Le compte courant, lui, enregistre une avance ou une dette d'une entité envers une autre ou envers un associé. Il peut exister sans véritable doctrine de circulation de trésorerie. C'est justement là que les ennuis commencent : on comptabilise d'abord, on réfléchit après. Or une écriture comptable n'efface ni le besoin d'autorisation ni la question de l'intérêt social.
Les management fees rémunèrent une prestation
Les management fees relèvent d'une autre logique : il s'agit de facturer une prestation réelle, identifiable, utile et justifiée. Ils ne doivent pas servir à habiller un prêt de trésorerie. Nous le voyons souvent lors d'un accompagnement juridique ou d'un dossier mêlant comptabilité et fiscalité : la confusion entre ces trois outils crée des montages fragiles, surtout dans les structures à taille humaine où tout le monde se fait confiance.
Le vrai risque n'est pas seulement fiscal
On pense spontanément au contrôle fiscal, et ce risque existe bel et bien. Un taux absent ou incohérent, une avance durable sans remboursement, une documentation lacunaire : tout cela attire l'attention. Selon les cas, l'administration peut discuter la normalité de l'opération, la déductibilité de certains frais, ou la qualification même des flux. En période de taux moins anodins qu'il y a quelques années, prêter gratuitement n'est plus un détail discret.
Mais le risque le plus corrosif est parfois ailleurs. Si les associés ne détiennent pas chaque société dans les mêmes proportions, un flux non cadré peut être perçu comme un transfert de valeur au bénéfice de certains et au détriment d'autres. Même dans un groupe paisible, la question surgit vite lors d'une succession, d'un divorce, d'une entrée d'investisseur ou d'un départ d'associé. Ce qui semblait relever du bon sens devient une source de soupçon.
Il faut aussi regarder le versant bancaire. Une banque qui finance l'exploitation ou l'immobilier aime comprendre où va la trésorerie et selon quelle discipline. Des flux récurrents entre entités sans cadre écrit peuvent compliquer une demande de financement ou la lecture d'un dossier. À l'inverse, une documentation claire rassure, un peu comme une comptabilité bien tenue rassure sans bruit.
À Chartres, une SCI a financé l'urgence de la société d'exploitation
Dans un groupe familial suivi après une phase de croissance rapide, la tension est apparue non pas sur un gros investissement, mais sur une échéance très ordinaire. La société d'exploitation devait absorber un retard de règlement client ; la SCI, elle, venait d'encaisser ses loyers. Le virement est parti, puis un autre quelques semaines plus tard. Rien d'extravagant.
Quand les comptes ont été revus, deux difficultés sont apparues. D'abord, aucune règle écrite n'encadrait ces avances. Ensuite, les associés de la SCI n'étaient pas exactement ceux de l'exploitation. Il a donc fallu reconstituer le sens économique des flux, vérifier l'intérêt de chaque structure et remettre en ordre les autorisations. C'est précisément ce que nous faisons dans des missions mêlant accompagnement comptable et fiscal et lecture juridique des opérations.
La régularisation a été sobre : convention, conditions de remboursement, rémunération cohérente, information des parties. Le sujet n'était pas massif en montant ; il était sensible dans ses effets. Souvent, ce ne sont pas les grandes erreurs qui fissurent un groupe, mais les habitudes pratiques laissées sans nom.
Comment régulariser sans aggraver la situation
Commencer par cartographier les flux réels
Avant de rédiger quoi que ce soit, il faut lister les mouvements déjà intervenus : dates, montants, sociétés concernées, motifs, remboursements éventuels, intérêts comptabilisés ou non. Cette étape paraît fastidieuse, mais elle évite de signer un texte élégant sur une réalité bancale. Un expert-comptable de groupe TPE peut utilement rapprocher les relevés, les comptes courants et les pièces disponibles.
Vérifier la cohérence juridique et fiscale
Ensuite, il faut qualifier chaque flux. S'agit-il d'une avance de trésorerie, d'une facturation de services, d'un apport temporaire, d'une erreur d'imputation ? Selon la réponse, le traitement change. Il faut aussi revoir les statuts, les pouvoirs des dirigeants et, si besoin, les procédures d'approbation des conventions réglementées. Sur ce terrain, la page pour aller plus loin renvoie utilement à des sujets de pilotage et de structuration qui ne sont jamais purement formels.
Préparer la prochaine fois avant qu'elle n'arrive
Le bon réflexe n'est pas de jurer qu'aucun flux ne circulera plus. Dans les TPE, ce serait irréaliste. Le bon réflexe consiste à fixer un cadre proportionné : convention préalable, méthode de calcul des intérêts, plafond, durée, pièces justificatives, revue régulière. Vous pouvez aussi utilement relire notre article sur les management fees entre sociétés liées ou celui consacré au compte courant d'associé à découvert, car les frontières se croisent plus souvent qu'on ne le croit.
Pour disposer d'ordres de grandeur économiques, les publications de l'INSEE restent utiles sur la situation des TPE, même si elles ne répondent pas au détail juridique de ces conventions.
Mettre la circulation d'argent à sa juste place
Dans un groupe familial, faire circuler de l'argent n'est pas anormal. Le laisser circuler sans règle, en revanche, finit souvent par coûter plus cher que l'urgence qu'il voulait résoudre. Si vos flux entre holding, SCI et société d'exploitation existent déjà, mieux vaut les examiner maintenant, à froid. Nous pouvons vous aider à les remettre d'aplomb, côté chiffres comme côté cadre, via notre accompagnement juridique et notre accompagnement comptable et fiscal. Et si vous souhaitez prolonger la réflexion sur l'organisation de vos structures, notre rubrique Articles offre un bon point d'entrée.